CV truqué, une spécialité française ?

Les Français, champions du CV truqué

L’Entreprise avec AFP, a publié le 

Faux diplômes, postes jamais occupés, compétences linguistiques exagérées: enjoliver ou truquer son CV est devenu un « sport national » dopé par le culte hexagonal du diplôme et un chômage record.

En septembre 2012, l’ex-directeur de l’aéroport de Limoges a été condamné à un an de prison ferme pour avoir, notamment, produit un faux diplôme d’aéronautique.

Si les grands faussaires restent rares, les tricheries au CV sont « sans doute particulièrement importantes en France du fait du rôle de critère couperet que joue le diplôme« , analyse Yannick Fondeur, chercheur au Centre d’études sur l’emploi.

« Tricher pour passer les filtres »

En plus d’une concurrence exacerbée par l’envolée du chômage, le boom du recrutement automatisé par internet, qui fonctionne par niveaux de diplôme et d’expérience, accentue le phénomène. « Cela exclut des gens qualifiés et les incite à tricher un petit peu » pour passer les filtres, selon le sociologue.

Pour décrocher un stage dans l’entreprise qui l’a finalement embauché, Vincent a transformé son CAP en Bac. « Sinon, ils ne m’auraient pas donné ma chance. Et puis il n’y a aucun risque qu’ils vérifient« , explique-t-il serein.

« En France, le niveau d’exigence est tel que le candidat, s’il s’estime en phase avec l’offre, en rajoute un peu pour aller à l’entretien« , témoigne Laurent Hürstel, directeur associé du cabinet de recrutement Robert Walters.

« On ne voit pas ça sur le marché anglo-saxon : là-bas, on le laisse faire ses preuves et, si ça ne marche pas, il est dehors trois mois plus tard. C’est violent, mais au moins ça laisse une chance« , juge-t-il.

« Crise profonde des valeurs« 

Quelle est la proportion de faux CV ? Yannick Fondeur, qui juge le phénomène « réel« , met en garde quant aux rares données disponibles « émanant de cabinets de recrutement qui ont tout intérêt à gonfler le phénomène« .

Selon l’étude 2013 de l’institut Florian Mantione, qui s’intéresse au sujet depuis 1989, 75% des CV seraient « trompeurs » (intitulé volontairement flou ou diplôme carrément inventé, exagération sur les postes occupés précédemment, durée des contrats étirée ou encore compétences linguistiques exagérées).

Neuf candidats sur dix trouveraient normal « d’arranger » leur cursus. Principaux arguments cités: « la concurrence exacerbée » et « le risque minime« .

Pour M. Mantione, cette pratique est devenue en France « un sport national« . Il souligne qu’en Allemagne, les CV, qui comportent plusieurs pages, sont souvent assortis des copies des diplômes et certificats de travail.

20% des employeurs contrôlent

Or selon une étude de 2011 du cabinet Robert Half, seuls 20% des employeurs hexagonaux contrôlent systématiquement les références, alors qu’à peine 54% jugent les CV fiables.

« Contrairement aux pays anglo-saxons, où on contrôle beaucoup, demander de prouver quelque chose dans les pays latins est malvenu« , relève Emmanuel Chomarat, fondateur de Verifdiploma, qui examine la véracité des diplômes des candidats pour le compte de grandes entreprises.

Parmi les CV vérifiés par son entreprise, un sur quatre comporte de faux diplômes, « dans tous les secteurs d’activité et à tous les niveaux : bac+2 comme doctorants« .

Lire l’article « Les Français, champions du CV truqué » sur L’Entreprise

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